Rencontre avec une famille de déplacés en Ukraine

Propos recueillis à Kiev par Lidia Shevchenko et Pierre Raimbault. Texte et photos par Pierre Raimbault

Igor Egurnov et sa famille font partie des trop nombreuses personnes qui ont vu leurs vies basculer l’année dernière dans l’est de l’Ukraine. Avant la guerre, ils vivaient à Horlivka, une ville de la région de Donetsk meurtrie par les affrontements entre les séparatistes pro-russes et Kiev. Nous les avons rencontrés en avril dernier, chez eux, à Kiev.

Ils font partie des 1 382 000 personnes déplacées en Ukraine[1. Selon les chiffres du Haut Commissariat des Nations Unis pour les réfugiés: http://unhcr.org.ua/en/2011-08-26-06-58-56/news-archive/1231-internally-displaced-people (en anglais)]. En juin 2014, alors que la ville de Horlivka est bombardée, Igor et sa famille fuient une première fois et se font héberger par des amis à Kiev. En octobre, Natacha, l’épouse de Igor, rappelée à son travail, retourne à Horlivka avec ses trois enfants, croyant que la situation s’est calmée.  Cependant, très vite, les bombardements reprennent et il faut partir à nouveau. Natacha prend alors un taxi, enceinte et sans argent, avec ses enfants et les deux grands-mères de la famille jusqu’à Kostiantynivka, où ils retrouvent Igor, venu les chercher avec l’argent nécessaire pour payer le taxi et le voyage en train jusqu’à Kiev.

Aujourd’hui, ils vivent à onze — Igor, Natacha,  leurs trois enfants, les deux grands-mères, et la famille de leur nièce — dans un ancien bureau de 50m2 aménagé en appartement par des volontaires. Igor, mineur déplacé dans une région où il n’y a pas de mine, met un point d’honneur à travailler, malgré les difficultés, et à remplir son rôle de soutien de famille. Quand nous les avons rencontrés, en avril, Natacha attendait son quatrième enfant d’un jour à l’autre. Il est donc crucial de penser à l’avenir proche et d’organiser leur vie à Kiev, et ils n’osent pas penser à un hypothétique retour. Cette situation est beaucoup plus difficile à vivre pour les grands-mères déracinées, dont l’une d’entre elles ne sait même pas que sa maison a été détruite lors d’un bombardement.